Les "Bravos" TRAD Mag :
les coups de coeur de nos rédacteurs,
des enregistrements qui font référence
des rééditions "jalon"...

Attention, ne figurent ci-dessous que les Bravos TRAD Magazine
mais des centaines d'autres très bon disques sont aussi à découvrir dans le TRAD Magazine

GABRIEL YACOUB
DE LA NATURE DES CHOSES
Le Roseau ROS110 - Dist. Harmonia Mundi - Durée : 45’42

19,85 euros chez CD-Mail


Les chansons de Gabriel Yacoub sont très présentes dans la bande-son de ma vie. C’est le cas pour beaucoup d’entre vous, je suppose. Sa voix a accompagné des moments importants, de l’enfance à l’âge adulte. Enfin, bref… Gabriel a bien fait, un jour, il y a près de 25 ans, “de se faire poète”, et de se mettre à écrire ses propres textes, après s’être longtemps uniquement dédié au répertoire traditionnel. Ce nouvel album était très attendu, d’autant que c’est le premier “en studio” depuis sept ans. Et il s’en est passé des choses, en sept ans, dans la vie de Gabriel ! Cette “sagesse” acquise transparaît dans ces nouvelles chansons (voir article pages 18 à 21). Certes, Yacoub, c’est avant tout celui qui, mieux que quiconque, sait chanter l’amour (et pourtant, il y a de la concurrence dans ce domaine !). Ce disque aborde d’autres thèmes, se fait plus “politique”. Et le tout est bien mis en valeur par les copains musiciens et chanteurs autour de lui : les habituels (Sylvie Berger/La Bergère, Yannick Hardouin, Gilles Chabenat, Gildas Arzel, etc.), mais aussi, pour la première fois, une (discrète et subtile) section de cuivres. Il paraît que ce disque se bonifie à chaque écoute, j’y retourne donc !

Guillaume Veillet


LE BUS ROUGE
TSOING
La Fédézik Productions - Durée : 50’04


Ah que voilà de la belle ouvrage, et originale avec ça ! Le Bus Rouge est une fanfare de rue qui conjugue, et ça n’est pas banal, airs de bal folk divers et de fanfare avec leurs propres compositions. Mais cela n’est pas, loin s’en faut, leur seule originalité. Saluons tout d’abord des arrangements soignés, au carrefour des musiques actuelles et traditionnelles, qui laissent souvent place à des improvisations solistes sur des boucles rythmico-mélodiques. Et ensuite, un son typique dû à la présence, au milieu d’instruments classiques de la fanfare (cuivres, saxo, clarinette, flûte piccolo et caisse claire), d’un tambour occitan et surtout d’un hautbois du Languedoc. L’instrument au son quelque peu sauvage (remplacé parfois par un graille), déhanche bigrement et ensoleille de ses harmoniques boisées cette formation de la région lyonnaise. Un premier album, tonitruant et enflammé, en tout point superbe !

François Saddi


CHANSONS ET MUSIQUES TRADITIONNELLES
DES MARAIS DU COTENTIN ET DU BESSIN
Collection “Sources” La Loure - Loure04 - Durée : 74’

18,22 euros chez CD-Mail


La sortie de ce CD est l’occasion de saluer une fois de plus le travail de l’association La Loure. Cette publication nous prouve tout l’intérêt qu’il y a encore à “collecter”, aujourd’hui, en 2008. On y part à la rencontre de “porteurs de tradition”, nés principalement dans les années 1920 et 1930 (il y a aussi quelques enregistrements plus anciens). Dans la lignée des “atlas sonores” sortis dans d’autres régions, ce premier volume de la collection “Sources” s’intéresse à un “pays” : les Marais du Contentin et du Bessin, entre Manche et Calvados. Un bon prétexte pour entendre une sélection de chansons (principalement) et de quelques instrumentaux (le violon de Louis Lebellanger, le diato de Gustave Delauney, etc.). Le texte introductif et les commentaires d’Yvon Davy, dans le livret, facilitent l’écoute. De belles rencontres humaines. De quoi éveiller des vocations de “collecteurs” dans d’autres régions ?

Guillaume Veillet


CIE RASSEGNA
VENIMOS A VER
MCE / Buda Musique 860158 - Durée : 66’

20,22 euros chez CD-Mail


Rassegna réunit des chanteurs et musiciens de tout l’espace méditerranéen (Corse, Italie, Espagne, Maghreb, Grèce). Le risque, dans ce genre d’entreprises, est de mutiplier et mélanger les références et les influences, et de donner au final une “world music” impersonnelle. Rien de tout cela dans Rassegna. Chaque “couleur” reste distincte. Chaque interprète a l’occasion de mettre en valeur sa propre tradition dans un ou deux morceaux du disque, accompagné par les autres, mais pas du tout noyé dans l’ensemble. Beaux chanteurs, brillants intrumentistes.

Jean-Baptiste Vinsard


CHRISTIAN ANNEIX
BINIOU EN LIBERTE
Keltia Musique KMCD 196 - Durée : 70’58

24,97 euros chez CD-Mail


Voici indubitablement un album qui sort du lot par une démarche originale et pourtant tellement évidente qu’on s’étonnera de ne pas l’avoir connue plus tôt. Au sein du couple biniou-bombarde, dame bombarde s’est permis nombre d’infidélités : on se souvient qu’après guerre, elle délaissa presque totalement son compagnon historique pour un grand gaillard écossais aux bourdons bien dressés ; plus tard, est-ce pour se repentir qu’elle fréquentera les églises à la tribune d’orgue ? Enfin, elle mènera nombre de groupes de fest-noz avec batterie, saxos, guitares et autres instruments actuels… mais sans son compère. Il n’était donc que justice que ce dernier, le petit biniou, le biniou ancien, se défasse de ses complexes (liés à sa petite taille et à sa voix soit disant trop aiguë) pour aller vivre sa vie de son côté, pour fréquenter du monde, pour se frotter à des répertoires inconnus. C’est ce que nous propose ici Christian Anneix et, grâce à son jeu précis et juste, c’est une vraie réussite qui vous fera réellement redécouvrir cet instrument, prendre conscience qu’il s’agit finalement d’une cornemuse comme une autre, avec sa couleur particulière, mais capable de jouer avec la même aisance dans une suite québécoise, un branle Renaissance, des traditionnels espagnols ou des compositions méditerranéennes de L. Charrier (des choix de répertoire qui ont le bon goût de ne pas utiliser l’alibi celtique…). Reconnaissons tout de même que la balance ne semble pas toujours naturelle : soit C. Anneix a adouci ses anches, soit le mixage a rééquilibré les niveaux, mais le résultat en vaut la chandelle et le biniou mêle à merveille cette sonorité à celles des instruments et voix des nombreux invités (de marque…).

Jean-Luc Matte


ARNAUD ROYER
MELEN
Kerig CD 195 - Dist. Coop Breizh - Durée : 46’24

20,46 euros chez CD-Mail


« Tricot : entrelacs de fils choisis pour leur couleur ou leur texture, et dont les points et contrepoints varient selon une longue tradition de motifs »… Ici, les fils sont à la fois tendus et souples, ténus et amples, lignes d’horizons choisies et cordes vibrantes de funambule sans filet, et les boucles sont de mise pour les ornements brodés. A la guitare, aux guitares, pardon, Arnaud Royer, transfuge du déjà remarqué groupe Kendon, qui soliloque partageusement avec et devant plein de monde depuis un bon petit moment déjà, et marque cette fois un coup remarquable, flanqué d’une petite flopée de bons potes tous aussi bons musiciens. Fonds traditionnel de mélodies ou d’airs à danser de toutes les Bretagnes, sans compter diverses Sudètes, compositions sur mode no modique, tricotage (on y revient !) à l’aiguille fine qui envole l’oreille en des échos rêveurs, greffes en demi-volts et en pleine face, loops pas loupés, grains de sels de cuivres, envolées, poses et aussi justes silences… Rythme et respirations, et plénitude sans trop-plein ! Tous ces ingrédients qui font que ce qui a du goût est fait d’abord avec goût. La guitare bretonne a ses Sibéril, ses Conq, ses Guichen, ses Pellen, et autres magiciens du genre. Ce Royer-là, autoproclamé “Gratou d’bouéte à beluette” a royalement sa place parmi les princes à la petite main d’argent…

J.-J. Boidron


BIVOAC
EN CONCERT
Autoprod.CLR 9511 - Dist. L’Autre Distribution - Durée : 52’22

15,54 euros chez CD-Mail


Le voilà, le nouveau Bivoac ! Le premier CD nous avait ravis par son humour, ses rythmes bretons revisités, mais gardant le punch de la danse, leur fameux “capitaine de soirée” (je le conseille à tous ceux qui l’ignorent). Ici, le répertoire est différent, enregistré en public dans des sessions longues bourrées d’impros. Une vidéo jointe aide à se rendre compte de l’ambiance. Bien sûr, les musiciens ne sont pas de la dernière pluie, même si l’on connaît moins bien (moi, surtout) les violon & banjo de Raphaël Chevalier, Ronan Robert au diatonique (gourmand d’univers musicaux, notamment jazz, depuis longtemps) et Ronan Le Gourierec (sax baryton et une bombarde chromatique et délirante à souhait), le délicieux incontrôlable de l’Occidentale de fanfare ou des Trompettes du Mozambique. Tous sont des garanties de voyage musical “‘inouï”. Un ton inusité, décapant et séduisant !

Claude Ribouillault


SANTA MACAIRO ORKESTAR
PAPARAZAI
New Speed Productions NSP005 - Durée : 52’07

13,14 euros chez CD-Mail


“Un calva pour Monsieur ?”, “Cajun caraïb”, “Green banana”… le ton est donné avec le 3e album des Santa Macairo Orkestar, orchestre ethno-alternatif de l’Ouest de la France, pour un voyage musical dépaysant. Les frères Godillo se nourrissent des sonorités des musiques d’Europe de l’Est en y associant les couleurs des vieilles musiques de Jamaïque et de Louisiane, et entraînent l’auditeur dans un grand bal, mélange d’universalisme, d’humanisme et de spiritualité, dans une joyeuse anarchie instrumentale de trompette, tuba, piano, harmonica, banjo, triangle… Un cocktail de bonne humeur, à la vitamine folklorique en deux volets : 15 tableaux sonores rythment le premier CD, joués et arrangés par la tribu ethnique. Le second CD regroupe un “paparami’xs” de 13 titres nouveaux et anciens revisités par différents DJ’s ou musiciens d’horizons différents. Un nouvel opus coloré, à déguster assis, rhum à la main dans une chaise longue, ou version dance floor sous les tropiques des Caraïbes. “Paparazai” nous entraîne dans un délire poético-déjanté.

Chloé Chamouton


VEILLEES “CHEZ LEONE”
A BOVEL
L’Epille EPL 012 - Durée : 72’30 et 72’45


De la belle ouvrage que cette anthologie bistrotière ! Et point de mépris dans le mot, loin de là ! Gloire à Léone même, et à P’tit Louis avec, d’avoir su ouvrir la porte de leur café, sis en Bovel (35), capitale de la “Fête du chant” en Haute Bretagne, pour que s’y déroulent toutes ces veillées à goule et cœurs ouverts. De la chaleur, de l’humanité, du partage, du serrement d’âmes et de frissons communs, du souvenir ému et de la franche rigolade même. De la complainte, de la comptine, de la cantine, du chant à boire et à manger, à répondre braillardement ou à écouter religieusement. Des jeunes, des vieux (on peut évacuer l’hypocrite vocable “anciens”), et des “dans le mitan du chemin”, des connus et des anonymes… tout un joli monde toujours prêt à venir et fidèle aux 80 rendez-vous, 10 ans durant, étés comme hivers, à la bonne franquette et à la bonne humeur. Au final une compilation de 2 CDs de 72mn, enregistrés en “live”, les moyens du bord étant parfois la qualité des défauts, glanés sur 300 heures d’enregistrement, et 42 morceaux, contes compris, sur près de 4 000 enregistrés… Le tout bien ficelé, bien choisi, bien rythmé ! A cela s’ajoute un remarquable livret de 80 pages, documenté, illustré, intelligent. Bravo, les ouvriers !

J.-J. Boidron


KATE-ME
LIVE
Trad’Mark / Avel Ouest CD KM 02 - Durée : 73’56

22,78 euros chez CD-Mail


On prend les mêmes et on recommence ! Les mêmes, pas tout à fait, parce qu’on y a invité du beau monde en plus, comme pour “booster” les déjà si beaux six gars de ce sextet à géométrie variable de funk haut-breton. Toujours les grattes au bout des ongles, les anches à cours l’échine, la percutante batterie volante, et la voix baladeuse à la langue qui fout des claques. Mais des cuivres en plus, une “section”, s’il vous plait (MBS), qui donne du pulse en plus, du volume, de l’arrivée d’air chaud plein de fraîcheur, et aussi de la vielle, électro-acoustique (Marc Anthony), pour suinter tout le suc des treilles et des pommiers miraculeux du répertoire. De quoi en perdre sa casquette (de violette !), mendier la vérité inutilement essentielle, brocarder la misère humaine et la pauvreté d’esprit, pointer simplement du doigt et son nez sur le monde tel qu’il ne cesse d’être, mettre des baffes aux “gens de robe” ou à la “République”, bafouée avec des papillons en barricades, le tout en revisitant le répertoire… Suivez les ! Une quintessence des 3 précédents albums, avec du public, de la pêche, du jus ! Ouais, le “live” est bon vivant…

J.-J. Boidron


ZAMBALLARANA
CAMINA
Casa Editions. CDCASA22 - Dist. France continentale : Nocturne - Dist. Corse : Albiana - Durée : 72’12

19,22 euros chez CD-Mail


En Corse, “Camina” signifie : cheminer, avancer. Le métissage musical saute à l’oreille à la première écoute, conséquence du mélange d’instruments traditionnels de l’île (cetera, cialamella, pivana) avec ceux d’autres cultures (le très de Cuba, le balafon ou le goni d’Afrique) et d’autres plus contemporains comme la batterie, la basse, le trombone, la clarinette. Des influences latines aux sonorités africaines ou tziganes, le chemin emprunté confirme le parti pris artistique : offrir un mariage d’harmonies pour tapisser un discours. En effet, la musique sert des textes en corse, la plupart signés par Jérôme Casalonga (la plaquette intérieure illustrée comporte les traductions en français et en anglais). Il s’agit donc aussi d’une invitation de poètes à partager des réflexions sur la vie au gré de rythmes colorés, de polyphonies ou de monodies plus lentes. Au final, Zamballarana nous propose un album aux sonorités chaudes et bigarrées, alchimie subtile entre tradition et modernité.

Catherine Herrgott



PAUL O’DETTE
JOHANN SEBASTIAN BACH LUTE WORKS Vol. 1
Harmonia Mundi USA HMU 907438 - Dist. HM France - Durée : 67’44

24,58 euros chez CD-Mail


On attendait depuis longtemps l’intégrale des suites pour luth de Bach par le grand Paul O’Dette comme il le fit il y a quelques années pour l’œuvre de Dowland pour le même label. C’est chose faite, au moins pour le volume 1 qui contient deux suites écrites pour le lautenwerk, parmi les plus connues. Le lautenwerk ? Cet instrument, selon toute vraisemblance, était un clavecin monté en cordes boyaux -un clavecin “luthé”- qu’utilisait Bach lui-même, peut-être même en faisant d’amicales joutes d’improvisation avec son ami, le grand compositeur Sylvius Leopold Weiss. Ces suites sont d’une incroyable fraîcheur, très mélodiques pour certaines d’entre elles et toutes construites rythmiquement sur des danses/rythmes d’origine populaire telle que l’allemande, la sarabande (dont on dit qu’elle serait venue des Amériques et dansée par les esclaves noirs !), la gavotte, la gigue, la bourrée, etc. Le discours musical est d’une incroyable beauté encore embellie par le jeu à la fois aérien et rythmé de Paul O’Dette, ce musicien américain aux racines canadiennes (et d’origine française) dont il ne faut pas oublier qu’il vient du rock. Une merveille !

Michel Plisson


MASSOT-FLORIZOONE-HORBACZEWSKI
CINEMA NOVO
Homerecords.be 4446042 - Durée : 53’56

19,38 euros chez CD-Mail


Michel Massot & Tuur Florizone (deux figures de proue de la scène musicale belge), ainsi que Marine Horbaczewski… ou la rencontre de plusieurs couleurs musicales, l’alchimie du tuba, de l’accordéon chromatique et du violoncelle, mariage improbable pour un voyage dans un “cinéma novo” éblouissant. Un cinéma qui s’ouvre sur le rythme de l’acrobate que l’on suit sur son fil, dans d’étranges contorsions animées par le son chaud du tuba, et se poursuit en 12 chansons avec en apothéose finale un “Kaléidoscopique”, titre de chanson reflétant la diversité musicale de ce nouveau trio. C’est là leur premier album, tout en improvisations magiques, étranges et émouvantes, parfois déconcertantes et singulières, qui viennent mettre en valeur des compositions très personnelles. Entre nostalgie et sonorités plus enlevées, valse et reggae, un univers poétique pour une ambiance très intimiste.

Chloé Chamouton


JOANNE MCIVER & CHRISTOPHE SAUNIERE
THE THREE SISTERS
Buda Records 3017700 - Dist. Universal - Durée : 51’16

19,57 euros chez CD-Mail


C’est à un superbe conte musical que nous invitent Joanne McIver (chant, grande cornemuse, petite cornemuse, tin whistles, flûte traversière) et Christophe Saunière (harpe celtique, grande harpe, piano, voix, percussions) dans leur 4e CD. Sur la côte ouest de l’île d’Arran (Ecosse), d’où est originaire Joanne, si vous marchez longtemps, nez au vent, vous finirez par découvrir les menhirs de Machrie qui se dressent là depuis 4 000 ans. Ces trois menhirs ont inspiré Joanne. Elle a imaginé l’histoire de trois sœurs, amoureuses de trois frères, avec son cortège de malheurs et de sortilèges… Le texte intégral du conte apparaît en fichier PDF quand vous glissez le CD dans votre ordinateur. Joanne et Christophe signent paroles, mélodies et arrangements. Ils possèdent une maîtrise rare de leurs instruments, acquise au sein d’orchestres classiques. Ce disque sort de l’ordinaire. Il porte en lui tout un univers poétique et confirme que McIver/Saunière sont de brillants ambassadeurs de la musique écossaise.

Charles-Henri Lestelle


LUNASA
THE STORY SO FAR…
Compass 7 4475 2 - Dist. Keltia - Durée : 67’48

24,97 euros chez CD-Mail


Lúnasa est très certainement l’un des groupes les plus talentueux de la scène irlandaise actuelle. Pour fêter leurs dix ans d’existence, ils publient aujourd’hui un septième album “The Story so far…”. En fait, les seize morceaux qui composent celui-ci sont des reprises remixées des six précédents CDs. Deux titres ont été réenregistrés par les cinq membres actuels du groupe car, au cours de ces dix années, Paul Meehan a remplacé Donogh Hennessy à la guitare. Nous retrouvons donc avec plaisir les morceaux qui ont fait le succès du groupe : “Morning Nightcap”, “Killarney Boys of Pleasure” ou “The Dimmers”. Airs traditionnels interprétés avec brio et compos originales nous entraînent dans les entrelacs de la musique irlandaise. La Bretagne est très présente avec plusieurs airs de Barzaz et Nicolas Quemener. Les arrangements originaux colorent de fort brillante manière les traditionnels en provenance d’Irlande, de Galice, des Asturies ou de Bretagne. Sachez enfin que Lúnasa sera présent au festival de Cornouaille en juillet. Alors si le cœur vous en dit…

Philippe Cousin


PATRICK STREET
ON THE FLY
Loftus Music LM002 - Durée : 47’09

25,72 euros chez CD-Mail


Voilà plus de vingt ans que Patrick Street nous sert de magnifiques mélodies irlandaises agrémentées des délicieuses ballades interprétées par Andy Irvine. Au départ, en 86, trois transfuges de Planxty, Bothy Band et Dé Dannan créent Patrick Street. Quelques années et changements plus tard, le fiddler John Carty les rejoint, tandis que l’accordéoniste Jackie Daly s’éclipse. Ce dernier nous offre en guise d’adieu les deux derniers sets de polkas et de reels de l’album “On the fly”. Ce onzième disque est l’un des plus traditionnels du groupe, marqué par le style élégant et aérien de Kevin Burke, rejoint ici au fiddle par John Carty, un style ancré dans le Co. Sligo d’où sont originaires ces deux as. Ils signent d’ailleurs chacun un morceau. Andy Irvine et Ged Foley posent leur voix chaude et expressive sur quatre chansons traditionnelles, délicatement soutenus par le bouzouki et la guitare. C’est le label Loftus, nouvellement créé par Kevin Burke, qui produit cet album de qualité.

Philippe Cousin


BIMBACHE JAZZ Y RAICES
LA CONDICION HUMANA
ESC Records ESC 2246 - Dist. Sphinx - Durée : 75’56

29,68 euros chez CD-Mail


C’est l’île la plus au large de l’archipel des Canaries, mais également la plus petite : El Hierro (le Fer) était peuplée de Bimbaches avant l’arrivée des Espagnols en 1405. En 2000, l’UNESCO la déclare réserve mondiale de biosphère. En 2005, le talentueux guitariste Torsten de Winkel y lance le festival “Bimbache Jazz y Raíces”. Les musiciens qui y participent viennent du monde entier et se mêlent aux musiciens locaux. Ce CD rend compte des deux premières éditions du festival. Quand l’esprit de finesse du jazz et des musiciens nomades se greffe sur la tradition, le résultat apaise le cœur et incite au voyage. A la clé : un laboratoire de globalisation positive !

Christian Valeix


ACETRE
DEHESARIO
Gallileo MC - Durée : 61’58

23,38 euros chez CD-Mail


CARRION
SUBE AL ARBOL
Several Records - Durée : 50’16


Je vous chronique souvent des CDs espagnols dont l’écoute n’est pas forcément évidente : documents de collectages, enregistrements centrés sur un instrument type dulzaine, etc. Voici deux disques de qualité, bien plus faciles d’accès car d’une interprétation tout à fait actuelle, sans toutefois verser dans le modernisme à tout crin. Deux albums aux couleurs musicales bien locales, de musiciens qui, contrairement à certains de leurs compatriotes, ne semblent pas nourrir de complexes par rapport à d’autres musiques traditionnelles européennes, ce qui ne les empêche pas d’emprunter un instrument ou un coup de doigt ici ou là. Acetre vient de Badajoz en province d’Extremadure, à la frontière portugaise, et exploite tant le répertoire régional que celui des régions alentour (y compris portugaises). C’est un groupe que je découvre, qui ne s’est encore malheureusement jamais produit en France mais qui a déjà de la bouteille et 6 CDs au compteur depuis 1976. Carrion vient d’un peu plus au nord-est, de la province de Palencia en Castille-Leon. Les deux groupes donnent une bonne importance aux parties chantées par des voix féminines, sur fond instrumental, avec, en particulier, un violon qui mène la danse dans Carrion. J’ai choisi d’attribuer les “bravos !!!” à Acetre car leur musique fait preuve d’un petit peu plus de maturité, tant dans les orchestrations que dans le jeu proprement dit et, surtout, dans les voix, qui tantôt me rappellent le chant très enlevé des “muyeres” galiciennes ou asturiennes qui me fait toujours craquer, surtout sur fond de percussions traditionnelles, et tantôt se font plus intimes, se répondant l’une à l’autre. Une mention enfin pour la recherche graphique du livret de ce CD. En tout cas, l’un comme l’autre sont à conseiller à ceux qui croient encore que la musique traditionnelle espagnole se résume au flamenco et éventuellement à Carlos Nunez.

Jean-Luc Matte


FLUKT
STILLE FOR STORMEN
Etnisk Musikklubb EM45 - Durée : 44’ 50

18,11 euros chez CD-Mail


Sturla Eide (violon et hardingfele), Øivind Farmen (accordéon) et Håvard Sterten (percussions) forment le groupe Flukt, qui sort son troisième album, quatre ans après le précédent, et après de nombreux concerts et sessions en studio. Ce groupe s’est forgé une solide réputation, combinant créativité autour des musiques traditionnelles, norvégiennes principalement, et des compositions mêlant diverses influences. Chacun des musiciens maîtrise ses fondamentaux, et ils prennent un plaisir ludique à dialoguer. Les thèmes sont mêlés, triturés, et orchestrés dans un esprit festif et malicieux. Le violon expose les pols que l’accordéon tente de dompter, aidé par un tambour qui s’imagine pourvoir mener ses compères à la baguette. Mais la pols pulse et ne cède pas facilement. Les musiciens de Flukt sont rejoints occasionnellement par Jon Krogstad (basse), Heidi Skjerve (chant), Frode Fjellheim (joik), ou Andreas Aase (guitare), qui viennent déranger ce ménage à trois, et lui éviter, si besoin est, de sombrer dans la monotonie.

Jacques Leininger


GABI LUNCA
SOUNDS FROM A BYGONA AGE Vol. 5
Electrecords - Asphalt Tango CDATR 1508 - Dist. Abeille Musique - Durée : 45’41

25,11 euros chez CD-Mail


Ce CD mérite largement les bravos de TRAD Mag. Gabi Luncâ était, dans les années 70, une véritable icône, représentant un art du chant particulièrement prisé dans les cercles privés. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, sa carrière appartient au passé. Pourtant, rien dans son interprétation ne date ; bien au contraire, ce disque nous fait découvrir une magnifique artiste dont les caractéristiques valent d’être découvertes par de larges audiences. On se surprend à suivre de bout en bout les histoires qu’elle raconte, que l’on maîtrise ou non la langue roumaine. Avec elle, les paroles sont bien plus qu’une coloration des mélodies ; les faits de la vie quotidienne prennent par son interprétation une dimension qui parvient à émouvoir chacun de nous. Sur un plan purement musical, sa manière de tenir les sons, d’y insérer quelque mélisme, de se mouvoir avec une aisance exceptionnelle entre les degrés, est un modèle de réalisation aboutie. Cette manière de faire aide à comprendre des éléments stylistiques qui, en d’autres mains, paraissent maniérés. Techniquement, sa voix possède un grain, une brillance, qui révèle une belle maîtrise des harmoniques ; dans l’aigu, le passage en voix de tête se réalise sans aucun décrochage. Bref, le chant de Gabi combine la grâce et un savoir-faire singuliers. L’orchestre ne s’y trompe pas, qui sait doser chaque intervention et ne revendique rien d’autre que de se mettre au service d’une rare musicalité.

Jean-Patrick Hélard


BILJA KRSTIC ET BISTRIK ORCHESTRA
TARPOS
Sokoj CD416354 - Durée : 41’

26,75 euros chez CD-Mail


Si l’on connaît aujourd’hui les musiques de l’ex-Yougoslavie par les groupes tziganes, ou par les musiques de films de Bregovic ou Kusturica, le nouveau disque de Bilja Krstic nous permet de découvrir un autre aspect de cet espace multiculturel. “Tarpos” est le troisième CD de Bilja dans sa carrière “world music”, car elle fut dans les années 80 une princesse pop, leader de groupes comme Sunflowers. Intéressant parcours, car l’éclatement du pays fut pour elle l’occasion de valoriser les traditions musicales locales. En 2000, elle entreprend une redécouverte des musiques de son enfance. Elle parcourt la Serbie, le Kosovo, en évitant le piège identitaire. Sa musique aujourd’hui est proche de la world internationale, avec d’indiscutables qualités originales : une voix superbe, enrichie des techniques d’ornementations caractéristiques des Balkans, et des choix mélodiques très sûrs, jonglant avec les rythmes asymétriques. L’excellence des instrumentistes est mise en valeur par des arrangements très chics, des prises de son impeccables. Les chants a capella sont spectaculairement réussis. L’ensemble produit un disque de variétés internationales de qualité, que sauront apprécier les amateurs de musique populaire en recherche d’une alternative au son global uniforme. Inutile d’insister sur le sens : les CDs de Bilja exposent l’idée d’une musique pacifiée dans un monde qui ne l’est pas encore. On ne fait pas de littérature avec des bons sentiments, mais on fait de bonnes musiques. Bilja est d’une sincérité et d’un engagement touchants sur scène : souhaitons sa venue dans l’un de nos frileux festivals.

Stella Warren


SARAH SAVOY & THE FRANCADIANS
OFF TO THE HONKY TONK
Autoprod. - Durée : 56’02


Sarah Savoy a de qui tenir ! Fille d’Ann et Marc Savoy d’Eunice en Louisiane, elle a trouvé son port d’attache à Paris où elle est devenue en peu de temps la figure de proue de la scène cajun-rock. Elle est accompagnée par “Les Francadiens” (néologisme créé avec les mots “français” et “acadien” pour désigner les “aficionados” de la musique cajun), quatre musiciens très connus des amateurs de cajun, de Tex-Mex et d’irlandais avec David Rolland (mélodéon), Vincent Blin (violon), Manolo Gonzales (contrebasse) et Russ Hoag (batterie). Sarah Savoy apprécie le “Hillbilly Boogie” (combinaison de musique country des musiciens blancs et du boogie-woogie des musiciens noirs) et sept titres naviguent entre blues et rockabilly avec des reprises de Hank Williams, Blind Lemon Jefferson/Carl Perkins et Big Joe Turner. Des valses et des two-steps complètent ce CD de 17 titres. Sarah a su s’entourer des meilleurs talents de la scène francadienne pour les arrangements et les compositions n’hésitant pas à y mettre sa propre touche : l’excellent “Buvons un coup” (coécrit avec Gérard Dôle) vaut son pesant de vodka. David interprète vaillamment un instrumental de sa composition, “Klein Two-Step”, et deux autres titres de Gérard Dôle contribuent à l’originalité du CD. Sarah conjugue tous les talents musicaux des Savoy, car outre une belle présence sur scène et une voix superbe, sa fougue et sa bonne humeur généreuse invitent à investir illico la piste de danse ! Un CD superbe !

Christian Gualdi & Agnès Bénar


FASTER THAN WALKING
8TH OF JANUARY
FTW6351 Dist. County Sales - Durée : 57’28


La région de Charlottesville en Virginie est depuis longtemps un vivier de musiciens très actifs de la scène old time. L’un des piliers de cette scène depuis plus de vingt ans est le fiddler et banjoïste Joe Mead qui, en compagnie de quelques amis dont le contrebassiste Vaughan Mairs, écume les bars, les festivals, bref tous les endroits où ils peuvent jouer. Nous avons eu l’occasion de les voir en France en 1992 à Dore l’Eglise avec le groupe Belligerent Brothers et, plus tard, au festival de Rungis ainsi qu’à l’AEGC de la Garenne Colombes avec Hungry Not Angry. En 1992, Joe rencontre l’harmoniciste John Murphy et ils décident de s’associer pour ce qui deviendra Faster Than Walking, avec toujours Vaughan à la basse, Gary Hawk au banjo et Chris Leva à la guitare. A noter qu’aucun d’entre eux n’est musicien professionnel. En 2000, au festival de Clifftop, ils se décident enfin à faire un CD qui sera en partie enregistré chez Joe, en partie chez Vaughan et la moitié des morceaux au Miller’s, le club de Charlottesville. C’est une réussite. Le duo violon/harmonica fonctionne à merveille. Il est très rare dans la musique old time de rencontrer de bons harmonicistes et John en est un. Le groupe est une machine à faire danser et les morceaux qui sont enregistrés en public au Miller’s sont les meilleurs. Je vous conseille particulièrement “Ryestraw”, “Poor White Man”, “The 8th of January” et “Washington’s march”.

Claude Vue


ELIZABETH NICHOLSON & STRINGED MIGRATION
FLY NOT YET
Waterburg WBG 81 - Durée : 50’37

20,74 euros chez CD-Mail


Cap à l’Ouest, escale à Londres, Glasgow et Dublin, 12 000 km, destination Portland Oregon. Stop, tout le monde descend ! Découverte du jour : un groupe qui cuisine les musiques celtiques des Iles Britanniques et du Nouveau Monde avec authenticité. La voix d’E. Nicholson, claire, haut perchée avec un soupçon d’enfance dans le timbre, relayée parfois par celle de B. Soper (so British), est entourée de 4 autres compères, E. Parente, J. Chapman, T. Renner et R. Barrick pour un sextet très efficace avec fiddle et violon électrique jazzifiant, harpe, bouzouki, whistles, guitares, basse et percussions. Ce magnifique album permet un voyage somme toute peu coûteux avec en entrée “The Unquiet grave”, belle ballade écossaise chantée en son temps par Joan Baez, d’autres chants comme “Lord Thomas” from les Appalaches ou “The Dewey dens of Yarrow” du répertoire de Bothy Band, quelques suites de reels et de jigs dont “Paddy’s ramble” de Paddy Glackin et autres instrumentaux divers comme “La Rotta” (Italie, XIVe siècle). Pour conclure en beauté cet album somptueux, une perle à la sonorité toute nordique, judicieuse réduction à 2 voix d’un chant polyphonique chanté au XIXe dans les églises de la Côte Est. Un must !

François Saddi


LOS MUNEQUITOS DE MATANZAS
TAMBOR DE FUEGA / MUSICA FOLKLORICA CUBANA
Bis Music - Dist. CD Diffusion - Durée : 60’

18,45 euros chez CD-Mail


On ne présente plus l’ensemble “Los Muñequitos”, fondé en 1952 par le compositeur Florencio Calle parmi les jeunes d’un quartier populaire de Matanzas. L’un des meilleurs groupes de rumba guaguancó, l’une des trois composantes de la rumba, certainement l’un des genres les plus “noirs” de la musique traditionnelle cubaine. Magnifique ! Beaucoup des membres historiques du groupe ont disparu dont le regretté chanteur Alberto Romero (1948-2006), entré dans le groupe en 1980, mais que nous pouvons écouter dans cet album. Un groove impressionnant… Parfois un seul chanteur a cappella et des tambours congas plus l’incontournable clave à la fois rythme et instrument, parfois un soliste (el gallo) et un chœur responsorial. On comprend, avec cet album, pourquoi certains musicologues occidentaux disent qu’ils n’y comprennent rien à la rythmique de la música cubana. Un bel album bien réalisé par Ibis, l’un des labels officiels de l’Etat cubain.

Michel Plisson



PHILLIP PERIS TRIO
ZEPHYR
Bakoy Music Productions - Dist. l’Autre Distribution - Durée : 66’44

17,14 euros chez CD-Mail


Le yidaki, plus connu sous le nom de didgeridoo, est une branche d’eucalyptus dont les termites ont creusé le cœur. Le son et le rythme sont obtenus en soufflant dans l’instrument selon la technique dite de souffle continu. De nationalité australienne, Philip Peris fut introduit à la culture aborigène par Black Allan Barker, l’aîné de la tribu Feather Foot de Pilbara, installée dans le Nord-Ouest Australien, et initié au Didgeridoo pendant 10 années aux côtés des Maîtres aborigènes. C’est là qu’il apprit les rythmes du désert pendant plus de 10 années. Il sera l’un des premiers à proposer des récitals de didgeridoo. Depuis 1998, on peut le croiser sur les scènes du monde. Devenu une référence internationale, il continue son voyage et son partage de sa musique. Il créa en 2001 le Phillip Peris Trio, l’une des premières formations de ce genre. Autour du didgeridoo, Phillip Peris crée un univers musical sensible et fort, une odyssée de nos origines. Pour ce deuxième album le didgeridoo est entouré de guimbarde, sitar tabla, shamisen (luth à 3 cordes), guitare classique et de chant diphonique, qui donnent des sensations étonnantes mais jamais ennuyeuses. Ecouter Phillip Peris est une expérience forte, inoubliable, profonde, voluptueuse qui vous mènera sur les routes de la musique et à la rencontre des autres cultures.

Gérard Viel


TRIO MIYAZAKI
SAI-KO
Daqui 332034 - Dist. Harmonia Mundi - Durée : 55’19

21,47 euros chez CD-Mail


Venu de Chine et introduit au Japon à l’époque de Nara (710-794), le koto est une cithare à cordes pincées. Il est utilisé dans la musique traditionnelle japonaise notamment dans le Kabuki. Mieko Miyazaki, connue comme l’une des plus grandes compositrices/interprètes de cet instrument, s’est associée à l’accordéoniste Bruno Maurice et au violoniste Manuel Solans pour former ce trio hors du commun, qui mélange “racines orientales et inspiration contemporaine, langage écrit et improvisation”. Sur les 9 compositions, 6 titres sont de Mieko Miyazaki et un de Bruno Maurice (“Caresse”, deuxième mouvement de “Cri de lame”, son concerto pour accordéon et orchestre). On retrouve aussi la “Chanson de Katioucha”, composée par Shinpei Nakayama en 1914 et “Haro no umi”, chef d’œuvre de la musique classique japonaise originellement composé pour flûte sakuhachi et koto. Les différents morceaux s’inspirent aussi bien de l’art du tambour japonais (wadaiko) que de la forme poétique Tanka et évoquent la lumière du printemps, les jardins japonais en été et même les quartiers populaires de Tokyo et Paris avec des accents subtils de musette (“Asakusa-Notre Dame”). La combinaison des trois instruments et la sensibilité de ces musiciens d’exception nous donne un disque lumineux, parfois poignant et tout en délicatesse.

Frantz-Minh Raimbourg


TOUMANI DIABATE
THE MANDE VARIATIONS
World Circuit. WCD079 - Dist. Harmonia Mundi - Durée : 57’48

23,15 euros chez CD-Mail


Vingt ans après son premier album (“Kaira”), Toumani Diabaté, héritier d’une longue famille de griots, nous revient en solo avec un disque méditatif et passionnant, aboutissement d’une carrière remplie de rencontres (Björk, Ali Farka Toure, Taj Mahal…) et d’expériences diverses (Songhaï…). Jouant à la fois la basse, l’accompagnement et le solo sur sa kora (harpe-luth à 21 cordes et une calebasse), le musicien, revisite un répertoire datant parfois de 700 ans et cultive un goût pour l’improvisation avec une élégance et un lyrisme très personnels qui n’abusent jamais de sa virtuosité. Qu’il développe quelques chansons traditionnelles sur un contrechant bluesy ou qu’il rende hommage à Ali Farka Touré, Toumani Diabaté nous emmène avec cet album au plus profond de l’âme mandingue (réminiscences sénégalaises ou mauritaniennes) mais dépasse le simple cadre de la musique malienne pour défricher de nouveaux territoires (escapades espagnoles, indiennes et balinaises) et repousser les limites de la kora. L’hommage exceptionnel d’un grand musicien à son instrument.

Frantz-Minh Raimbourg


VICTOR DEME
Chapa Blues Records c/o Soundicate CPCD01 - Durée : 60’08

17,19 euros chez CD-Mail


C’est une double première : le premier disque sorti sur le label Chapa Blues Records et le premier album du chanteur mandingue Victor Démé, après 30 ans de carrière au Burkina Faso. Il a commencé sa vie de musicien quand il était encore adolescent, en Côte d’Ivoire, à Abidjan, au sein de l’orchestre Super Mandé, mené par Abdoulaye Diabaté. De retour au Burkina en 1988, il joue dans des clubs les succès du moment, tout en forgeant son propre répertoire. A 46 ans, il enregistre enfin ses chansons dans le studio de l’association Ouagajungle, résidence d’artistes à Ouagadougou. C’est une mosaïque de mélodies folk-blues aux influences latines, chantées en langage dioula. Les accompagnements sont sobres : guitare, piano, congas, basse et percussions. Le disque s’achève par deux morceaux traditionnels mandingues. La voix est magnifique, douce, chaleureuse. On est séduit dès la première écoute. S’il fallait une preuve que le blues puise ses racines en Afrique, la voici.

Charles-Henri Lestelle


LA FAMILLE GADO
ENTRE ROMANCES ET MALOYA
Takamba Taka0712 - Durée : 72’

24,05 euros chez CD-Mail



LOULOU PITOU
ET BENOITE BOULARD
DU QUADRILLE CREOLE AU SEGA
Takamba Taka0611 - Durée : 72’ + 72’

31,72 euros chez CD-Mail


Le Pôle Régional des Musiques Actuelles de la Réunion, outre sa mission d’accompagnement de la scène musicale locale, réalise un formidable travail sur la mise en valeur des “sources”, via le label Takamba. Voici deux publications récentes, représentatives de la politique éditoriale du label, entre rééditions et publication d’enquêtes, de “collectes”. Ainsi, grâce à Takamba, on peut réentendre sur CD une sélection d’enregistrements de deux artistes populaires de l’après-guerre, l’accordéoniste Loulou Pitou et la chanteuse Benoîte Boulard, pour un répertoire entre quadrilles et ségas. L’autre disque chroniqué ici propose une rencontre avec une incroyable dynastie de chanteurs, installée dans la région de Saint-Paul, les Gado. Pas moins d’une vingtaine de membres de la famille participent à l’enregistrement. Au menu, des maloyas, mais aussi un pan méconnu des traditions musicales des Mascareignes, les romances. Ce sont des complaintes en créole, aux influences européennes. On peut même entendre une version du “Roi Renaud” (en créole, ça donne : “La grande Reno sortir en guerre, en revenant son tripe dans son bras”) ! Fascinante découverte d’une tradition vivante.

Guillaume Veillet


MUSIQUES DU MONDE AU THEATRE DE LA VILLE
10 GRANDS MAITRES DE MUSIQUE
Mondomix MO 100 - Dist. Harmonia Mundi - Durée : 180’

23,64 euros chez CD-Mail


Voici en concert au Théâtre de la Ville, pour un ou deux morceaux et une interview riche et chaleureuse en coulisses chacun, une douzaine de majestés (dont deux femmes) dans le domaine musical. Chants, jeux instrumentaux, c’est un vrai régal. En concert certes, mais c’est parmi ce qu’on fait de mieux. Chaurasia : irrésistible bien sûr avec ses deux élèves et l’un de ses percussionnistes, stupéfiant de la main gauche. Epi et sa capacité quasi diphonique entre le sur-grave et le sur-aigu, le tout avec émotion et sensiblité (et quel jeu de morin tuur). Marta Sebestyen et Muzsikas… etc. Jusqu’au derviche tourneur, impassible durant presque 9 minutes, tournant, la tête inclinée, de plus en plus vite. Beau cadeau de Mondomix. La musique du World Monde. Cette source multiple, bien que dépaysée dans une salle de mégalopole, est une grande leçon…

Claude Ribouillault


GILLES POUTOUX
MUSIQUE-ACCORDEON, Methode de jeu
AEPEM - Livre 62 p. + CD Durée : 66’56

20,38 euros chez CD-Mail


La musique de Gilles Poutoux est au service de la danse. C’est un outil forgé par un travail où l’à-peu-près n’a pas sa place, une pratique enrichie par de nombreuses rencontres (Philippe Bruneau, Joe Derrane, Vincent Blin, liste non exhaustive…), une expérience qu’il nous donne à partager en proposant une méthode de jeu qu’il conviendra de ne pas confondre avec un schéma d’apprentissage. C’est ici le but à atteindre dont il s’agit, en aucune façon la progression pour y parvenir. Gilles a un parti-pris esthétique et le revendique : il préconise des constantes techniques (attaque des notes, précision rythmique, phrasé, dynamique…) propres à la nature spécifique des répertoires de musique à danser. Il insiste sur l’accompagnement du pied qui structure le jeu, milite pour le prima absolu de la mélodie. Et l’apparente limite de l’instrument devient une qualité fondamentale en donnant la priorité au jeu poussé-tiré. Le livret, clair et précis, s’articule autour de 4 parties : la description du jeu de l’instrument, l’interprétation des répertoires irlandais et français, les illustrations sonores, la table complète des supports audio. Le travail sur l’ornement fait l’objet d’une approche minutieuse, sachant qu’en tout état de cause, il relève du seul choix de l’interprète. Quant au CD, pierre angulaire du projet, il nous propose de nombreux exemples sonores judicieusement structurés et clairement expliqués, au sujet desquels François Lazarevitch écrit fort justement : « Que le développement de l’écoute critique est primordial pour permettre l’indispensable remise en question menant au progrès et à la maîtrise. » Pragmatique, notre homme ne réinvente pas l’eau tiède… mais son propos nous rappelle néanmoins quelques évidences, trop souvent négligées, et nous met en garde face à nombre d’idées reçues. Voici en tout cas qui aidera pertinemment le débutant ayant la chance de croiser cet ouvrage. Quant au confirmé (ou supposé tel…), il pourra utilement y faire un point d’étape sur ses convictions musicales et, pourquoi pas, les enrichir en découvrant celles de l’auteur. Loin des prétendus métissages et des vitesses racoleuses, Gilles place chaque pratiquant -actuel ou potentiel- devant cette évidence : la plus redoutable difficulté, c’est de faire simple. Mais il lui ouvre aussi un chemin vers le sens et l’émotion.

Alain Bormann


CONTES POPULAIRES DE HAUTE BRETAGNE
notes en gallo et en français dans le canton
de Pleine-Fougeres en 1881

Dastum / Bertaeyn Galeizz / La Bouèze - 436 p.


Il était une fois un manuscrit assoupi dans le fonds de la Bibliothèque Nationale de France, au département de la “musique”… Les belles pages au château dormant étaient connues des spécialistes sous le nom de “manuscrit Havard”, sans véritablement avoir fait l’objet d’une étude approfondie, et surtout pas d’une publication. Voilà qui est fait, grâce au travail de Jean-Louis Le Craver, et le trésor révélé, préfacé par Nicole Belmont, est précieux à plus d’un titre : une soixantaine de contes populaires recueillis et notés, à partir de 1881, dans le nord-est de l’Ille-et-Vilaine, à l’intention du folkloriste normand Oscar Havard, aussi rédacteur au “Monde”, par les informateurs eux-mêmes, et notamment pour moitié par la principale d’entre elles : Virginie Desgranges, “jeune fille” de Pleine-Fougères. Outre la variété du répertoire (merveilleux, religieux, facétieux, légendes), “commun” mais original, c’est aussi une langue gallèse d’il y a plus d’un siècle que l’on peut redécouvrir (traduite en français par le concepteur de cette édition), et un document quasi dans sa forme “première”, qui permet d’évaluer en contrepoint le travail des folkloristes plus connus de l’époque. Ainsi que, texte à texte, qu’ils soient documents issus de l’oralité ou réécriture par l’érudit Havard lui même, tout un éclairage “de l’intérieur” sur les mécanismes de transmission de l’oral à l’écrit, du populaire au “savant”. Sans compter le très précis et très précieux travail de présentation. Remarquable et indispensable !

J.-J. Boidron