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Les "Bravos" TRAD Mag :
les coups de cœur de nos rédacteurs, des enregistrements qui font référence des rééditions "jalon"... |
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Attention, ne figurent ci-dessous que les Bravos TRAD Magazine
mais des centaines d'autres très bons disques sont aussi à découvrir dans le TRAD Magazine
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BILL DERAIME Livret : 40 pages avec textes chansons -
Ce double CD (+ vidéo de dix minutes) permet à Bill Deraime de donner une nouvelle vie à d’anciennes ou de plus récentes chansons. Dans la dernière période, Bill a manqué de chance : les labels n’avaient pas le budget nécessaire à la promotion des nouveaux albums ou ont carrément disparus. Certains titres datent de 1997/98, d’autres de 2007 à 2009. Pour plusieurs chansons, les voix ont été réenregistrées. Le livret donne tous les détails à ce sujet. “Brailleur de fond” propose une revue des titres qui tiennent à cœur à Deraime, depuis ceux enregistrés dans les années 1980 jusqu’à maintenant. Ajoutons à cela cinq titres captés lors d’un concert au New Morning (Paris) en 2004. Ce disque est l’occasion de fêter une collaboration de trente ans avec l’excellent guitariste Mauro Serri. Sont également présents les harmonicistes Pascal Mikaelian, Matthieu Fromont ou Vincent Bucher. Chaque galette se conclut par un titre du révérend Gary Davis, guitariste et chanteur noir américain. Bill Deraime l’écoutait en permanence dans sa jeunesse et il était l’une de ses sources d’inspiration. Musiques bluesy reggae de qualité, textes humanistes, sincérité évidente dans ses propos, musiciens de premier ordre : un album chaudement recommandé. Christian Gualdi
DIMITAR GOUGOV, DANDARVAANCHIG ENKJARGAL Durée : 43'07"
On ne sait ce qu’il y a de plus remarquable entre l’originalité du projet, la brillante maîtrise instrumentale et vocale des interprètes, les profonds moments de bonheur que ces répertoires nous font ressentir dans un mariage aussi heureux qu’improbable. Dès les premiers sons, on devient complice de ce jeu où chaque musicien laisse libre court à sa créativité. Les amateurs de musiques à bourdon goûteront les nombreuses subtilités de trames harmoniques bougeantes qui n’abandonnent pas pour autant leur appartenance modale. Si barbarisme il y a, c’est bien dans ces savoir-faire qui sortent du déjà entendu pour renouveler les idées et capter notre attention jusqu’à la résonance finale. La synergie rythmique entre Dandarvaanchig Enkhjargal, Dimitar Gougov et Fabien Guyot permet de faire éclore des ressources nouvelles tout au long de chaque pièce. Voici une réalisation exemplaire qui concernera de nombreux auditeurs, même nourris à différentes esthétiques. Jean-Patrick Hélard ALLONS-Y Tant qu'C'est Chaud ! Livret : digipack 3 volets
Allons-Y Tant Qu’C’Est Chaud ! mêle avec inspiration le swing manouche, les sons d’Europe centrale et orientale, un certain ton et des inflexions plutôt klezmer. Depuis le disque “C’est tous les jours dimanche”, ces musiciens s’étaient promis que leur prochain serait un live. Surtout à cause des impros, du partage que ce genre de musique impose, et de leur goût de la fête. Eh bien, ils n’avaient pas tort. Ce concert traduit clairement les qualités de cette formation qui, du coup, peut aussi bien chavirer les scènes jazz que les festivals trad’. Evrard Moreau (guitare, banjo, bouzouki), Seb Palis (accordéon, clarinette), Fred Jouhannet (violon, banjo, bouzouki), Bertrand Couloume (contrebasse), Philippe Veyronnet (guitare, daf). On ne s’ennuie pas un seul instant, surtout à partir de la seconde plage, où la complexité et l’équilibre des influences vous emportent. Un moment fort. Claude Ribouillault CLARISSE LAVANANT Livret 16 pages - 14 titres - durée : 40'04"
Originaire de Morlaix, Clarisse Lavanant est sur la route de la chanson depuis près de dix ans. C’est son métier, mais avant tout sa raison de vivre. Auteur d’un premier album, “Où c’est ailleurs”, consacré par le prix de la Sacem des Trophées Radio France en 2002, elle chante au gré des vents à travers les continents. Mais elle a besoin de retrouver ses racines bretonnes. Une rencontre sera déterminante pour son avenir ; c’est Fanch Bernard, le compagnon de route et contrebassiste de Glenmor (“terre-mer” en breton), qui en est le déclic. Glenmor a été celui qui aura fait prendre conscience aux Bretons de leur identité. S’il fut avant tout le chanteur militant et partie prenante à tous les combats de Bretagne, il est aussi l’auteur de mélodies et de textes d’une profonde sensibilité et de pure poésie. On se souvient de sa voix, sa présence scénique, sa force, son énergie. Et qu’une femme ose chanter ses textes, c’était un grand risque. Clarisse Lavanant relève le défi avec cet album magique qui donne à la poésie de Glenmor une nouvelle dimension. Sa voix fait des merveilles. Son investissement personnel en tant que femme dans ce répertoire apporte un nouveau sens à ces chansons oubliées. Son interprétation au service des textes et des mélodies, sa sensibilité et sa générosité permettent de poser un nouveau regard sur ce poète essentiel de la culture bretonne. Elle lui rend aussi un hommage personnel en écrivant une très belle chanson, Mémoire vivante, que le poète aurait aimé découvrir. Les arrangements sont sobres et respectent l’âme du poète. D’ailleurs, l’Académie Charles Cros ne s’y est pas trompée : elle vient de lui décerner son Coup de cœur 2010. Un disque indispensable pour une « mémoire vivante… La voix des pierres qui fait chanter la colère de la liberté ». Gérard Viel
CHANSONS MARITIMES Livret : 28 - Collectage
Ce disque est la suite logique et l’illustration du colloque “Le patrimoine oral chanté dans les milieux maritimes et fluviaux”. “Chansons maritimes” rend un hommage vivant (par la voix et les informations données à chaque fois) aux grandes voix collectées qui ont guidé, par leur force, leur sensibilité et leur densité, le grand mouvement de renouveau des chants dits “de marins et de mariniers”. Ces voix, ces hommes, ces mémoires ont généré un nombre incroyable de groupes, pros ou amateurs, qui ont emboîté le pas des premiers médiateurs, collecteurs ou interprètes : Michel Colleu, John Wright, Eva & Michel Pénisson, Michel Lefèvre, Denis Levraux, Patrick Denain… Ce CD est un mausolée mais n’a rien de mortuaire, au-delà de sa richesse et du plaisir formidable qu’il y a à écouter ceux qu’on peut considérer comme des grands témoins et d’abord de grand interprètes. Le champ semble cependant n’avoir été qu’effleuré. Et même si cette écume est de la plus belle eau, il reste à découvrir, après cette première vague, bien des espaces d’un patrimoine qui, lié à des métiers souvent durs, contient une humanité communicative. Quelle galerie de portraits, et quelles belles chansons ! Claude Ribouillault CIAC BOUM Livret pochette souple
Comme l’indique le titre Ciac Boum (prononcez « chiâc boum »), onomatopée imitant le jâze il s’agit là d’un CD de danses, du Poitou pour être encore plus précis. La simple pochette implique la volonté de Christian Pacher (diato et violon), Julien Padovani (chromatique) et Paul Bouffet (guitare, jâze) de vendre 10 E le CD et d’en produire un par an. La musique est ici simple et directe. On sent une prise de son sans collages complexes. C’est joué comme en bal, en assumant y compris les grincements ou les aventures de grilles… Mais quelle vie et quelle force ! Le répertoire traditionnel rend hommage aux musiciens collectés autrefois ainsi qu’à un disparu récent, Michel Nominé. Il nous manque assurément mais pointe ici par le rappel ému de son coup d’archet. Chaque musicien, également chanteur, glisse en outre une de ses compositions. Ce concept de publication régulière peut créer un vrai dynamisme. Vu la réussite du lancement, on est prêt à souscrire de suite. Claude Ribouillault BRUNO KOWALCZYK Livre : 312 pages avec illustrations et un CD
Au départ, ce livre-CD aurait dû sortir il y a au moins trois ans. Mais les conditions du producteur envisagé étant “esclavagistes”, le voilà aujourd’hui sous une forme autoproduite. Disons-le illico : c’est un tout désormais incontournable. Le contenu annoncé se confirme à la lecture : historique de l’instrument, techniques de jeu très détaillées, une cinquantaine d’airs notés avec chacun une notice, et enfin dictionnaire biographique des harmonicistes québécois d’hier et d’aujourd’hui. Il s’agit bel et bien d’une bible sur le sujet, le monument dressé par Bruno à l’instrument (aux instruments) de sa vie musicale et peut-être au-delà. Raymond Lambert en a assuré la traduction, le livre étant constamment en version bilingue. Avec le livre, un CD réunit, autour de Bruno (virtuosité et sensibilité), Olivier Chérès au violon (délicatesse et sauvage mêlés), Mathieu Mauger (mélodéon), Philippe Sécheppet (guitare, violon) ainsi que quelques invités. L’enregistrement lui-même, complément vivant du livre, anime le discours, évoquant divers styles et harmonicas. Mais ce n’est pas qu’un document. La musique y est vivante et dansante. Sans aucun doute qu’au Québec même, on va s’arracher la référence que constituent livre et CD. Définir le projet et sa réussite fera sans doute tiquer celui qui cache sa pudeur derrière un humour souvent grinçant… Mais voilà bien la contribution chaleureuse et reconnaissante d’un musicien québécois par choix. Une contribution qui va plus loin que la simple allégeance. Et qui est une preuve construite, cultivée, documentée, tendre de l’amour pour une culture musicale et une famille d’instrument. Claude Ribouillault
DIAMIK Livret : 8 pages - 2/12 titres - Durée : 49'09"
Deux accordéonistes confirmés et inspirés, l’un au diatonique (Yann-Fañch Perroches), l’autre au chromatique (Gwen Kivijer), encadrent ici une chanteuse bretonnante à la présence vocale étonnante, Brigitte Kloareg. Chansons certes, mais aussi airs de danses partagés entre Bretagne et Poitou (où Gwen vit et joue depuis un bon moment). Brigitte chante en breton mais aussi en français, avec toujours autant de densité et de vie. Mais Gwen aussi chante avec conviction. Les deux accordéonistes semblent se régaler de leurs jeux complémentaires, plus ou moins liés, enrichis d’accords de basse ou de variations rythmiques. Ce “petit diable” (c’est le sens de Diamik) est une réussite de simplicité, de fraîcheur, de rencontre. Avec une voix qui s’impose naturellement. Claude Ribouillault
ALAIN GIBERT & ANDRE RICROS Livret : 16 pages avec texte
D’une histoire d’André Ricros (conteur, chanteur et musicien), un conte traditionnel dans ses racines mais plein d’ironie, de fantaisie, parfois au bord du pastiche, André et Alain Gibert (lui-même conteur, chanteur et musicien) avaient fait un spectacle. Ce spectacle devient un CD. N’hésitons pas : c’est une réussite époustouflante. D’abord cette histoire, à la fois douce et cruelle, initiatrice et parfois un tantinet désabusée. Ensuite, l’engagement physique des deux compères, animant toutes les voix comme des marionnettistes, du plus grave au plus aigu, du lisse au guttural. Enfin, les arrangements, toujours créatifs et cependant nullement dévorants, avec les deux leaders l’un aux hautbois (cabrette et chabretou végétal), l’autre au trombone et au mélodica (et à la basse) ainsi que cinq autres musiciens dont le fils d’Alain, Clément aux saxophones. Une heure pour un seul conte, et jamais l’attention ne s’essouffle. Une heure de chapitres prévisibles (les trois frères soumis à la même prophétie) et de surprises dramatiques ou drôlatiques. On rêve déjà à d’autres histoires, à d’autres associations de ces deux interprètes inventeurs qui trouvent là, ensemble, l’occasion d’épanouir leurs si nombreuses facettes. Claude Ribouillault
LE ROYAUME OUBLIE Livre : 559 pages
Ce livre-disque de la collection Aliavox est presque un livre d’art comme sait très bien le faire le label de Jordi Savall. Après des livres-disques autour de la musique de l’époque de Christophe Colomb et de Cervantès, cette belle production format livre nous fait penétrer dans l’univers musical et historique de l’Occitanie à l’époque des Cathares. L’Occitanie, que l’on appellera par la suite le « Midi de la France », reçoit à l’époque des influences multiples de tout le bassin méditérannéen, de la péninsule ibérique en partie déjà islamisée de Al Andalus, des communautés juives et arabes qui traduisent les auteurs grecs, des Balkans et de Byzance et de l’orient plus lointain, Damas et Bagdad. Né dans ce bouillonnement culturel, philosophique et religieux, le catharisme (forme ancienne d’un christianisme primitif revitalisé) se développe particulièrement bien sur ce terreau où les échanges se multiplient et les idées bouillonnent dans un climat de tolérance rare pour l’époque, comme le rappelle Jordi Savall dans l’introduction de ce gros volume de 559 pages écrit en sept langues (français, anglais, occitan, castillan, catalan, allemand, italien) et qui contient toutes les paroles des chansons et leur traduction. Ce bouillonnement culturel, où l’on n’hésite pas à critiquer le dogme officiel de l’Église romaine, sa vénalité et ses mœurs dissolues, n’est pas pour plaire au pape dont les rois et les princes mêmes ébranlent l’autorité. À travers la “Réforme grégorienne”, la Papauté cherche à renforcer considérablement son pouvoir sur toute la chrétienté, sur la hiérarchie elle-même, du curé de village à l’évêque mais aussi sur les maîtres du pouvoir temporel, les grands seigneurs, les empereurs et les rois. L’Église romaine ne peut tolérer que l’on discute le dogme. L’échec des croisades vécue comme une humiliation renforcera encore la volonté d’éradiquer toute forme d’hérésie. Ces « bons hommes » et « bonnes femmes » (comme s’appellent entre eux ces croyants occitans) sont convaincus d’être de bons chrétiens car leur pratique religieuse est basée sur les Évangiles. Ils apprendront de leurs ennemis qu’ils ne sont que des “cathares”, c’est-à-dire des hérétiques bons pour le bûcher. Une répression sanglante ordonnée par le pape Innocent III. Ce dernier envoie la terrible et féroce Inquisition s’abattre alors sur toute l’Occitanie légitimée par l’abject bulle Ad Exstirpanda du pape Innocent IV, qui généralise la torture et permet de déclarer hérétique n’importe qui, de s’emparer de ses biens et de raser sa maison. C’est une véritable guerre de conquête, où atrocités et massacres laisseront exsangues les terres occitanes et ses cultures. Mais elle permettra au roi de France de cueillir les États du Languedoc “comme un fruit mûr”, comme le rappelle le livret. Ces musiques disparurent et l’histoire des cathares fut non pas oubliée mais largement occultée jusqu’au dix-neuvième siècle, tout comme la musique. Jordi Savall et ses musiciens nous font revivre dans ces enregistrements ce magnifique répertoire. À travers les enregistrements que contient l’album, on peut imaginer quelle fut la magnificence de ces musiques et poésie dites occitanes, aussi belles que variées, entre les douzième et treizième siècles. Les textes épousent parfois la protestation sociale contre les clercs et les seigneurs qui prévariquent (CD n°3, plage 2 : “Clergue si fan pastor”). Outre son ensemble Hespérion XXI et La Capella Reial de Catalunya, Jordi Savall a invité des musiciens orientaux jouant du kamancha et duduk d’Arménie, du ney, kanoun, tanbur de Turquie, oud du Maroc, etc. Cela montre l’étroite parenté de ces musiques entre elles, toutes modales. La différenciation Occident-Orient n’intervenant, selon Jordi Savall lui-même, qu’à partir du quatorzième siècle. Notre oreille, aujourd’hui très “occidentalisée” et formée à l’harmonie tonale et au tempérament égal, peut être troublée à l’écoute de ces musiques. C’est sans aucun doute ce que souhaite ces musiciens. Une belle réalisation à laquelle on peut seulement reprocher de ne pas toujours apporter des précisions claires sur les musiques elles-mêmes et sur le contexte de leur production. Michel Plisson EPLEMOYA Livret 16 pages paroles & commentaires en anglais
Un trio de Norvégiennes chantant a cappella adapte un répertoire de chants non accompagnés, plus connus sous le nom de “kveding”. Liv Ulvik, Wenche Losnegård, Anja Eline Skybakmoen sont issues de creusets différents : chanson trad’ pour la première, jazz pour ses deux comparses. Elles mettent à profit leurs différences d¹approche pour tenter des harmonisations inhabituelles. Le résultat est parfois surprenant, teinté de fantaisie et d’humour. Il ravira les passionnés de polyphonies. Le traitement innovant sied bien à ces chansons. L’énergie, la sensibilité et la complicité des chanteuses sont perceptibles à chaque plage. Jacques Leininger
MAJORSTUEN Livret : 8 pages - 11/13 titres
Voilà déjà une bonne dizaine d’années que ce groupe tient le devant de la scène trad’ norvégienne. Belle ténacité pour ces talentueux violonistes aux parcours diversifiés et jalonnés de récompenses, de projets artistiques innovants, ou d’explorations stylistiques approfondies. Ces individualités se fondent pour apporter au groupe une couleur sonore reconnaissable dès les premières mesures. Les compositions et les airs traditionnels subissent un traitement patiné par les concerts et les séances avec des arrangeurs avisés. Le violon est à la fête. Les mélodies taillées sur mesure trouvent un terreau propice à s’épanouir. Un halling qui passait par là ne s’en est toujours pas remis, il en est sorti complètement relooké. Un enregistrement de Majorstuen, c’est une fête, une explosion de musiques remplies d’inventions, d’émotions et de punch. Jacques Leininger ANDREA CAPEZZUOLI & FRANCESCO MATASI Livret : 24 pages en 2 langues (Italien/Anglais)
Quel titre bizarre sur cette photo de deux garçons ayant l’air d’avoir perdu quelque chose et qui posent devant un mur taggué… Mais le doute se dissipe très vite lorsqu’on lit en dessous “musique des quatre provinces pour piffero et muse”, qu’on découvre au verso de la jaquette le nom des musiciens, et surtout quand on met la galette dans la platine. On tombe sous le charme des mélodies et du jeu épuré rejoué ici, de ces deux instruments qui sonnaient ensemble il y a encore à peine soixante ans dans les montagnes des 4 provinces (1). À la manière de “fouilleurs de mémoires”, les recherches d’Andréa Capezzuoli (musa) et Francesco Nastazi (piffero) ont voulu reconstruire au plus juste le jeu du duo de “sonneurs” perdu, dont on ne dispose aujourd’hui aucun enregistrements, mais juste des témoignages oraux. Ce n’est pas le cas du piffero (petit hautbois) qui, lui, a connu une tradition ininterrompue (Ernesto et Giacomo “Jacmon” Sala…) dans tout le nord de l’Italie, avec comme compagnon l’accordéon, depuis près d’un siècle, venu supplanter peu à peu la cornemuse, jusqu’à la disparition complète de celle-ci. Loin du travail purement ethnologique, le duo, déjà bien connu depuis plus de trois ans pour leurs animations de BandaBrisca Lombard, s’est concentré sur les danses du répertoire et l’articulation des jeux fusionnels de ces deux instruments complémentaires. Treize danses des quatre provinces frontières entre Gênes, Alexandrie, Pavie et Plaisance sont jouées de manière dépouillée, afin de mieux apprécier les combinaisons de tuilage, de réponses et du jeu rythmique de la “musa”, similaire à la plupart des répertoires de l’Italie du sud joués par les zampognas par exemple. À partir de ces bases et notamment à l’écoute du travail d’Andrea Masotti, le “vieux” cornemuseux qui jouait avec Stefano Valla Andrea Capezzuoli a depuis plus de vingt ans développé un style personnel et adapté au duo. Mais ils ne sont pas rancuniers, en invitant Franco Guglielmetti à l’accordéon, avec une merveilleuse valse en Do qui clôture fort bien ce CD. “Pour donner de l’allégresse aux seigneurs de Milan” (traduction du titre de l’album), est le dernier refrain de la chanson du “draghino”, le “pifferaio” qui, à la fin de l’année 1700, mis en prison pour homicides, fut libéré par des seigneurs milanais juste pour pouvoir écouter sa musique. Ici, le duo Andrea Capezzuoli & Francesco Matasi n’est heureusement pas emprisonné. Vous pouvez vous procurer librement cet excellent album. Patrick Plouchart (1) : le duo joue sur des instruments construits par Ettore “Bani” Losini : www.appennino4p.it/bani JOHN McSHERRY Livret : pochette cartonnée - 10 titres
De façon régulière, John McSherry fait parler de lui pour sa participation discrète à tel groupe ou album. Pourtant, nous avons affaire à un véritable maître du Uilleann pipes, sûrement l’un des plus grands aux côtés de Paddy Moloney, Liam O’Flynn ou Michael McGoldrick. Natif de Belfast dans une famille de musiciens, il a à peine 15 ans qu’il collectionne déjà les prix All Ireland. Quelques années plus tard, il crée avec ses frères et sœurs le groupe Tamalin. Et puis il est l’un des fondateurs de Lúnasa et Coolfin avec Dónal Lunny. Au fil des années, il a joué avec Clannad, Sinéad O’Connor, Shaun Davey ou The Corrs. Après avoir collaboré voici quelques années avec Michael McGoldrick puis Dónal O’Connor, il nous présente “Soma”, un premier disque sous son nom propre. Un album pas vraiment solo puisqu’on y retrouve ses petits camarades que sont Dónal O’Connor, Ruben Bada, Tony Byrne, Joanne et Paul McSherry. John a depuis longtemps porté la technique du uilleann pipes vers les sommets avec un jeu innovant qui lui est propre. Son sens de l’impro est tel qu’il a parfois été comparé au jazzman John Coltrane. Hormis ses talents d’interprète, c’est également un excellent compositeur dont nous retrouvons ici nombre de morceaux. Écoutez donc Bádaí na Scadán ou Aisling Gheal, deux superbes complaintes qui arracheraient des larmes à une statue de pierre. Le reste du CD est à l’avenant : ténébreux et secret, ou bien exubérant et exaltant. Du début à la fin, une réussite totale. Philippe Cousin TRIO TRESCA Livret : 24 pages
Formidable contribution aux musiques de Toscane, avec présence en alternance, avec Stefano Tartaglia, du piffero, de la flûte à bec et du clarinettino. Accordéon chromatique à touches piano (typique bien sûr) avec Giorgio Castelli, et cordes pincées diverses avec Silvio Trotta. Les deux derniers chantant avec la force qu’on connaît à cette tradition. Un CD passionnant, avec un jeu traditionnel de hautbois staccato (une attaque par note) voulu car, ici et là, des notes liées apparaissent sur certains morceaux, comme la très belle reprise d’un succès de Stefano Valla, I desertori. Un hommage vibrant et réellement habité à une tradition encore tellement vivante. Claude Ribouillault L'ARPEGGIATA (Christian Pluhar) Livret : 78 pages - 18 titres
Nous sommes en Italie entre les seizième et dix-septième siècles, à Florence par exemple. On rencontre des amis dans la rue. On leur propose de venir à la maison après-demain juste essayer après le souper un nouveau recueil de madrigaux que l’on vient de recevoir et que l’on aimerait déchiffrer ensemble. N’oubliez pas de dire à Giuseppe de venir car il est ténor et c’est un bon lecteur. De la musique populaire savante ou savante populaire ? C’est le champ de ces laude popolari que présente l’ensemble L’Arpeggiata, dirigé par la théorbiste et harpiste Christina Pluhar. Ces laude popolari qui se perpétuent dans le sud de l’Italie, en Sardaigne et Sicile lors de la Semaine sainte, se mélangent avec les laude spirituali à mi-distance entre l’Église et les processions villagoises para-liturgiques… Sans oublier la Corse dont on sait aujourd’hui que sa musique traditionnelle a cappella vient de la musique italienne du seizième siècle. Dans tous les cas, ces berceuses italiennes sont prodigieusement belles et permettent une ornementation riche et variée. Enfin, le plus important peut-être : de superbes interprètes servent cette musique. Il y a un magnifique violon baroque mâtiné balkanique, le puissant cornet à bouquin… Et enfin les solistes Nuria Rial (soprano) et Philippe Jaroussky. Ce dernier, contre-ténor ou ténor aigu (et non haute-contre qui renvoie à la tessiture et non au timbre) joue merveilleusement de la voix de tête comme de poitrine. On peut le voir également sur le DVD joint, avec le guitariste de flamenco Pepe Habichuela. Michel Plisson
GALANDUM GALUNDAINA Livret : 16 pages en Portugais
Le groupe de Miranda do Douro mêle chants, seuls ou en groupe, et sonorités des instruments de cette région nord-est du Portugal : percus omniprésentes, flûtes à trois trous, gaita, vielle jouée sans chien, rabeca (sorte de vièle populaire). C’est la puissance des interprétations ainsi que la volonté de préserver des intervalles d’accords plutôt inhabituels parfois qui font la valeur de ce groupe. Il est grand temps que la France et l’Europe découvrent ces musiques riches de couleurs et encore extrêmement présentes, autour des fêtes annuelles, notamment le carnaval. Fraîcheur et force. Claude Ribouillault BOLA DE NIEVE Livret 3 pages - 16 titres - Durée : 56'22"
Les éditions d’État EGREM ont initié cette collection “Cuba en vivo”. Celle-ci publie des enregistrements de concerts de groupes cubains qui, pour la plupart, n’ont jamais fait l’objet d’enregistrements phonographiques. Des archives de radios et labels, sont exhumées des bandes magnétiques que l’on numérise et publie en CDs. Plusieurs albums ont ainsi été sortis, dont ce CD du grand Ignacio Villa dit Bola de Nieve (1911-1971). Ce surnom lui fut donné par la grande chanteuse Rita Montaner, avec laquelle il se produisit pendant des années. On tombe sous le charme de ces enregistrements, un peu comme devant un vieux film noir et blanc, comme ceux des grands musiciens de jazz enregistrés dans les boîtes de jazz dans les années 1950, stimulés par un public connaisseur. Illustration avec les standards Drume Negrita (d’Emilio Grenet), La flor de la canela (de la chanteuse et compositrice péruvienne Chabuca Grande) et autres standards dont Les feuilles mortes (Las hojas muertas) ou La vie en rose (en français dans le texte). Même les violoneux un peu faux du fond de l’orchestre ont leur charme. Ajoutons qu’il y a aussi en bonus track un entretien savoureux de Bola de Nieve par une radio à Lima en 1958. Michel Plisson ELIZETE CARDOSO Livret : 8 pages - 13 titres - Durée : 32'09"
Un disque d’anthologie. Elizete qui, plus tard, enregistrera de magnifiques choro est en 1958 une chanteuse inconnue et accessoirement la maîtresse du grand poète Vinicius de Moraes, celui qui disait que l’on ne peut conquérir toutes les femmes du monde mais qu’il fallait essayer. Après quelques hésitations du producteur, Elizete Cardoso enregistrera en 1958 ces thèmes de Tom Jobim et Vinicius. Certains deviendront des tubes planétaires, comme Chega de saudade, qui battit des records de vente dans les années qui suivirent, surtout lorsque le brillantissime guitariste João Gilberto publia son premier disque (78 tours) en 1958. La bossa nova était née. On l’aura compris, il s’agit d’un disque-culte, un des incontournables de la musique populaire brésilienne et de toute l’Amérique latine que réédite élégamment Biscoito Fino, un des plus importants jeunes labels brésiliens indépendants. Michel Plisson DANYEL WARO Livret : Digipack - 24 pages en créole
Qui n’a pas entendu le “rouler” ne connaît pas le maloya ! Même si avec Danyel Waro, le maloya est plus une façon de vivre, un état d’esprit, une attitude pour traverser la vie. Concernant ce style musical, on a souvent parlé de blues. Sûr que la voix de Waro est souvent emplie de “bleu”. À travers ses rencontres, avec entre autres A Filetta, Tumi pour une chanson sur Mandela et une mélodie de Titi Robin, le Réunionnais nous entraîne dans son monde. Un espace fait d’amitiés et de créations. Une pensée optimiste, construite autour d’une mémoire parfois douloureuse. Le tout chanté en créole sauf un hymne à Mandela, en anglais, et un hommage (en français) à un ami luthier. Justement, dans le livret, une petite traduction en français de certains textes serait la bienvenue. Pour suivre le chemin lumineux de Waro, comprendre vraiment ce que sa voix prenante nous raconte, nous immerger dans son monde… On en veut plus ! Il y a pourtant une solution : faire tourner en boucle les disques de Danyel. Loin de se lasser, on finit par entrer peu à peu dans le vocabulaire et la poésie du “Waroya”. Philippe Krümm DEBAA Livret : 32 pages - 10 titres - Durée : 62'28"
À Mayotte et dans les Comores, « le debaa est une pratique culturelle et cultuelle exclusivement musulmane et féminine », précise l’auteur du livret, Victor Randrianary. Cet ethnomusicologue travaille depuis longemps sur ces aires multi-ethniques de l’océan Indien. On est en effet culturellement à mi-chemin entre l’Afrique, la péninsule arabique et les “Indes orientales”. On tombe sous le charme de ces belles femmes. Leur bonheur de chanter ensemble s’entend et s’écoute à chaque phrase. La rythmique est complexe, tout en semblant a priori simple. Car elle est définie par une pulsation régulière, marquée par les tambours sur cadre tari que tiennent les femmes unies dans un chœur très homogène qui répond à une soliste très libre dans son chant. Le debaa n’est pas seulement une musique. C’est aussi une pratique de danse, associée à des pratiques liées à la formation religieuse, qui sert à l’enseignement des textes religieux de l’islam étudiés dans les écoles coraniques. Il faut se plonger dans ce soufisme comorien, passionnant sur le plan culturel et musical, au-delà de l’idée que chacun peut avoir sur la religion en général. Michel Plisson MEMOIRES DE TIRAILLEURS Livret détaillé : 28 pages
En ces périodes de polémiques autour du film “Hors la loi” de Rachid Bouchareb à Cannes ou, d’une façon plus générale, d’un passé colonial si difficile à dépasser après reconnaissance des immenses dégats qu’il a produit, il est intéressant de se pencher sur les rôles que jouèrent autrefois nos “compatriotes colonisés” pour défendre les valeurs d’un pays qui n’hésite pas aujourd’hui à expulser leurs enfants, sans tambours ni trompettes… Pour les en remercier ! Ce coffret est consacré aux tirailleurs “sénégalais” (qui étaient aussi maliens, malgaches, marocains… ou martiniquais) qui défendirent de leurs vies, de 1857 à 1964, en première ligne et sur tous les fronts ce beau pays qui est le nôtre. Il regorge de nombreux témoignages de ces tirailleurs, d’entretiens divers, extraits musicaux, chansons, extraits d’émissions de RFI, allocutions officielles et propos d’historiens. Laissons parler l’histoire avec des extraits de chansons d’époque : « Un caillou blanc, un caillou noir / Et c’est la vie faite d’espoir / Le bonheur et le malheur / Tous les deux bercent nos cœurs / De tristes jours suivent toujours / Les beaux instants pourtant si courts » (Fred Hébert) Et puis ce chant des appelés : « En avant, c’est nous les Africains / Qui revenons de loin / Venant des colonies / Pour sauver la patrie / Nous voulons porter haut et fier / Le beau drapeau de notre France entière / Et si quelqu’un venait à y toucher / Nous serions là pour mourir à ses pieds » François Saddi
STEVE WARING 14 titres - Durée : 44'41"
Victorie Music (ré)édite nombre d’excellents albums réalisés en direction du jeune public (cf. chronique dans Trad Mag’ n°130 du superbe “Noces-Bayna” de Fawzy Al Aiedy et de trois CDs de Steve Waring, NDLR). Parmi les quatorze titres de “Mâcheur de mots”, Waring revisite sept de ses anciens morceaux dont L’amie d’Annie, L’ogresse, La mer exagère, L’alouette et le pinson. S’y ajoutent quelques nouvelles perles comme Mâche tes mots, L’arithmétique ou Mots de peaux. Un très bel album avec de subtils arrangements pour lesquels la liberté de ton se conjugue à l’inventivité. Steve est entouré de complices historiques comme Alain Gibert et Christian Ville auxquels se joignent Franck Pilandon (sax baryton), Michel Saulnier (contrebasse) et Nicolas Souchal (trompette). François Saddi CARLOS PUEBLA Livret : digipack 3 volets - 13 titres
Carlos Manuel Puebla (1917-1989) est un guitariste, chanteur et compositeur cubain quasi légendaire, avec une voix profonde et grave. Premières compositions dès les années 1930, premiers enregistrements dans les années 1950, compagnon de Fidel Castro lors de la révolution de 1959… Il sera longtemps “le chanteur de la Révolution cubaine” et avant tout un ambassadeur culturel cubain. Sur sa maison natale de Manzanillo, une plaque reprend une de ses formules : « Yo soy ésto que soy, un simple trovador que canta » (“je suis ce que je suis, un simple troubadour qui chante”). Son œuvre compte plus de mille compositions. Deux heures d’enregistrements devant un public hispanophone suspendu à ses lèvres rendent compte de celui qui a chanté l’amour, les réalités sociales et les engagements politiques comme celui de Salvador Allende. Accompagnement simple et riche, presque uniquement de guitares et percussions. Référence incontournable. Claude Ribouillault
OPA CUPA Durée : 57'54" - Label : 11-8 Records (SOT T010)
Opa Cupa est une fanfare d’une superbe qualité musicale. De nombreuses pièces portent la signature de Cesare Dell’Anna. Si ce nom dit ses origines italiennes, d’autres musiciens viennent d’Albanie et de Bosnie. La liste des membres participants est impressionnante : au noyau central de neuf personnes, d’autres sont venus pour constituer un ensemble de vingt-quatre musiciens. Ils partagent deux objectifs : outre celui évident de faire de la musique, une partie des fonds recueillis par la vente de l’album ira à Emergency, structure qui offre assistance aux victimes de la guerre et aux migrants en état de pauvreté. La musique peut sans doute paraître éclectique. Elle atteste de sources diverses qui se retrouvent le long de l’Adriatique. Chaque morceau est valorisé par une justesse remarquable et une parfaite précision rythmique. L’orchestration aussi discrète que réussie exhale la puissance des différents timbres. Plusieurs courts apports instrumentaux émaillent les dix-huit titres, clins d’œil qui semble dire “on y était“. L’ensemble du CD procure un grand moment de plaisir. Même lorsque le répertoire se porte vers la musique de films, aucune complaisance n’apparaît. La qualité musicale, le projet et ses répercussions périmusicales en font une production très recommandable qui justifie les “Bravos !!!” attribués. Jean-Patrick Hélard KENT GUSTAVSON
Editions : Blooming Twig Books (New-York EU)
Enfin une biographie sérieuse de Doc Watson. Depuis trente-sept ans, j’ai une admiration forcenée pour le musicien mais encore plus pour l’homme. Je collectionne les disques, vidéos, coupures de presse, critiques de disques. J’ai interrogé les personnes qui l’ont côtoyé de près ainsi que Pierre Brau Arnauty (l’ami de Merle le fils de Doc et surtout son accompagnateur pendant vingt ans). Eh bien, après avoir dévoré ce livre, je me suis aperçu que je ne connaissais presque rien du personnage qui est beaucoup plus complexe qu’on peut le croire. Kent Gustavson a interrogé ceux qui ont croisé la route de Doc Watson : Jack Lawrence, Sam Bush, Marty Stuart, Maria Muldaur, Mike Seeger, John Cohen, Ricky Skaggs, Tom Paxton et beaucoup d’autres. Il a pu consulter au Smithsonian Institute de Washington DC les archives de Ralph Rinzler, le “découvreur” de Doc en 1960. À la fin de chaque chapitre, les sources de ce qu’il a écrit sont notées. Un travail extrêmement sérieux. En parcourant ce livre, vous ferez connaissance avec le musicien mais surtout avec l’homme qu’est Doc. Considérer Doc uniquement comme un (très) bon guitariste est réducteur. Il y a dans le milieu old time, bluegrass et country d’excellents guitaristes ou chanteurs (White, Tony Rice, Chet Atkins, Norman Blake, Dan Crary). Doc est beaucoup plus que ça. Bien sûr, il est connu et apprécié pour son jeu fantastique à la guitare en flat picking. Mais il est largement aussi bon en finger picking. De plus, c’est un excellent banjoïste, un bon harmoniciste, un bon joueur d’autoharpe, un chanteur hors pair. Et le personnage est d’une modestie exemplaire. Le livre nous emmène de sa jeunesse dans les montagnes de Caroline du Nord jusqu’à nos jours, en passant par ses diverses expériences : l’école pour aveugles de Raleigh, sa découverte de la musique avec l’harmonica et le banjo puis bien sûr de la guitare. On y apprend aussi sa lutte perpétuelle pour nourrir sa famille, sa rencontre à 37 ans avec Ralph Rinzler (qui le poussera à abandonner la guitare country rockabilly pour revenir au trad’), l’arrivée de son fils Merle comme accompagnateur et surtout le décès de celui-ci en 1985. Depuis, Doc a changé, ne se remettant jamais de la mort de son fils, se reprochant sans arrêt de n’avoir pas été assez à son écoute. Le livre se termine sur deux chapitres, l’un concernant son jeu de guitare, l’autre son chant. Un très beau livre, un hymne à l’amour et à l’humanisme. À plusieurs reprises, les larmes viennent aux yeux tant ce qu’on lit est fort. Même si l’anglais vous rebute un peu, faites l’effort. C’est vraiment le genre d’ouvrage à mettre entre toutes les mains, musiciennes ou non. Claude Vue
DANIEL LODDO Editions : Cordea/La Talvera En ces périodes où l’on nous parle beaucoup de patrimoine immatériel, d’incroyables activistes rendent cette notion palpable, simplement accessible. Avec “Gents del Pais gresinhol” (canton de Castelnau-de-Montmirail dans le Tarn), Daniel Loddo présente un somptueux recueil de 576 pages et 425 photos. En bonus, un CD de soixante minutes, « véritable photographie sonore des traditions du canton », plus que jamais à écouter en lisant (ou le contraire). Dans cet ouvrage, Daniel Loddo raconte avec force détails la vie des gens du canton. Dès les premières phrases, l’auteur précise que cette région est la sienne. Celle où « les deux branches de la famille Loddo s’étaient installées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ». On comprend alors une des raisons de se lancer dans cette folie, ce travail de bénédictin : raconter par le détail un monde si proche mais que l’auteur n’avait pas directement vécu. Grâce à de nombreuses rencontres, au travers un foisonnement d’acteurs de la vie des villages, Daniel voyage avec gourmandise dans un monde qui, au fil des pages, semble une évidence enfouie, que l’auteur faire ressortir par nombre d’anecdotes. Quelle précision, que d’interviews, de contacts pour arriver à une telle qualité de travail ! L’agriculture tient une belle place mais l’industrie apparaît, le progrès aussi (éclairage, chauffage). On y croise les incontournables des villages : facteur, garde champêtre, etc. Que mangeait-on ? Eh bien, de la poule farcie, des escargots… Un village se devait d’avoir des personnages comme « le terrible de Penne ». La justice passe. Le mariage, les jeux, le sport , l’arrivée du cinéma… Bien sûr, il y a la vie musicale, le bal, la danse. Tout finissant par de belles histoires, contes et légendes vont clore cette superbe saga qui, à elle seule, est une formidable histoire. Une encyclopédie de la vie des hommes et des femmes dans les terres du Tarn. À dévorer goulûment, sans modération. Avec l’avantage de ne pas avoir d’indigestion. Au contraire, vous vous sentirez plus léger. Philippe Krümm |
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