Cobra VERDE

  

Dans le petit État de Sergipe, situé dans l’aride Nordeste de Brésil, la sortie d’un disque de l’insaisissable Cobra Verde est un événement notable. C’est le premier artiste de forró de la région qui voit son travail diffusé à l’échelle internationale. C’est le premier album que cet accordéoniste virtuose et autodidacte produit en son nom propre, après avoir enregistré des centaines d’albums pour d’autres artistes.

 

Sans conteste, Cobra Verde est l’accordéoniste le plus demandé par les studios de sa région, en raison de sa facilité d’improvisation et de la touche unique qu’il donne à ses interprétations. Comme en témoigne le producteur musical Alegria qui fait régulièrement appel aux services de Cobra Verde alors qu’il est lui-même excellent accordéoniste : « Le problème avec Cobra Verde, c’est que les prises sont toutes meilleures les unes que les autres. Même quand il se trompe, c’est beau. Alors qu’il faut en général deux à trois jours aux autres accordéonistes pour enregistrer la partie d’accordéon d’un disque, Cobra Verde le fait en une nuit seulement. Pourtant, il ne sait pas lire une partition, il fait tout à l’oreille. Pour lui, ça va très vite. Pour nous, par contre, on passe un temps fou à choisir les meilleures prises pour le mixage. Un grand luxe. »
Le chanteur et flûtiste Genovitor, qui a accompagné la récente tournée française du groupe forró de Cobra Verde, est un autre admirateur de longue date de l’accordéoniste: « La première fois que je l’ai entendu, c’était sur un disque de forró de mon cousin Gilvan do Rojão. L’accordéon était un peu perdu dans les arrangements modernes, mais je me souviens que j’ai été frappé par son phrasé et ses introductions magnifiques. Maintenant, j’ai eu la chance d’enregistrer et même de partir en tournée avec lui. Cobra Verde est unique. Il suffit de lui siffler quelques notes d’une mélodie pour qu’il découvre le reste. C’est comme s’il se souvenait de musiques qu’il ne connait pas en réalité, qu’il réinvente à l’instant, à sa manière bien sûr. Dans mon village, il y a un voisin accordéoniste, plutôt bon, qui ne peut pas s’empêcher de dire du mal de tous les autres accordéonistes. Mais après qu’il ai vu Cobra Verde en concert, il n’en dit que du bien. C’est le seul qu’il ne critique jamais. Au contraire, il m’en parle tout le temps. »

 

S’exprimer librement

En studio comme en concert, Cobra Verde laisse rarement les forrozeiros indifférents. Lors de la soirée de lancement de la tournée française du groupe en mai dernier à Aracaju, un monsieur tout ce qu’il y a de plus sérieux s’est mis à crier en plein solo, n’y tenant plus : « Mais ce n’est pas possible, il passe du beurre pour glisser comme ça sur les touches ! »

Parmi les musiciens, la réputation de Cobra Verde est telle que même ceux qui ne l’ont jamais entendu le considèrent comme le meilleur de la région. Tout le monde sait aussi qu’il est discret, très timide et casanier, mais qu’une fois à l’accordéon, difficile de le tenir. On entend à son sujet beaucoup d’histoires plus ou moins vraies, dont les Nordestins sont très friands, comme celle du légendaire accordéoniste vétéran Enock. Ce dernier, réputé pour être le plus rapide de l’État voisin de Bahia, a fait plusieurs centaines de kilomètres pour apparaître soudain en pleine fête de mariage d’une connaissance de Cobra Verde pour défier le jeune accordéoniste alors qu’il avait entendu dire qu’il jouait aussi vite que lui...

 

La suite dans TRAD Magazine n°133