Notre couverture : François LAZAREVITCH

  

Il est le fondateur des Musiciens de Saint-Julien. Cet ensemble, qui se consacre aux musiques anciennes et traditionnelles françaises, sortira en septembre un nouveau CD, “Et la fleur vole — Airs à danser & airs de cour autour de 1600”.

 

Pourrais-tu retracer en quelques mots ton parcours de musicien ? Tu viens plutôt du monde classique et du baroque en particulier ?

Enfant, je voulais être trompettiste. Mais trop jeune, à 5 ou 6 ans, on m’a fait faire de la flûte à bec. J’ai tout de même étudié la trompette vers 9 ans. Au moment d’entrer au lycée, j’ai décidé de faire de la musique mon métier.

Je suis entré au C.N.R. (1) de Paris dans la classe de flûte à bec de Daniel Brebbia, tout en préparant un bac pro musique. Ça a été une révélation, Daniel transmet une vision. Ou plutôt une écoute de la musique qu’on pourrait résumer par « la souplesse dans la rigueur, la rigueur dans la souplesse », en adéquation avec la lecture des traités anciens. Cet enseignement a pour source le pionnier Antoine Geoffroy-Dechaume (1905-2000). J’ai eu la chance de travailler avec ce dernier en parallèle l’interprétation à la flûte et au clavecin pendant plusieurs années. Cet enseignement, à la recherche d’un naturel du phrasé musical, était en lien avec les musiques traditionnelles.

J’ai été séduit, emballé par ces répertoires et ces horizons musicaux que je découvrais. J’ai voulu connaître toutes les sources possibles pour mieux comprendre et servir ces répertoires anciens : les ouvrages traitant d’interprétation (ceux de Hotteterre, Quantz, Couperin, etc.) ainsi que les enregistrements d’instruments mécaniques de musique (serinettes, orgues à cylindres). L’écoute des musiques trad’ constitue aussi, d’une certaine façon, une source précieuse.
À 16 ans, j’ai vendu ma trompette pour acheter une flûte baroque. Philippe Allain-Dupré a été mon premier professeur, puis Bart Kuijken et Pierre Séchet. Philippe jouait souvent de l’irlandais avant les cours… Vers 22 ans, tandis que je continuais mes études au conservatoire de Bruxelles, j’ai commencé à travailler la flûte irlandaise avec Michel Sikiotakis à l’Association irlandaise de Paris puis, fin 1990, la cabrette avec Victor Laroussinie au sein de l’association Cabrettes & cabrettaires. Ces deux instruments m’intéressaient pour les liens plus ou moins lointains qu’ils ont avec la flûte baroque pour la première et pour la deuxième avec la musette baroque (instrument que j’ai fini par pratiquer auprès de Jean-Christophe Maillard à Toulouse).

Et puis ma mère est Aveyronnaise, j’ai passé enfant tous mes étés à Millau et en Lozère. En 2004, j’ai remporté trois concours de cornemuses : celui de cabrette de Paris, celui de St-Chartier (cabrette)… Et le trophée Fleuret sur la cornemuse du Centre qui m’a offert une semaine de studio et donc, à la clé, mon premier disque. J’ai contacté Jean-Paul Combet, directeur du label Alpha, sensible aux liens savants/populaires. Avec lui, j’ai imaginé la série “1 000 ans de cornemuse en France” en sept CDs avec le soutien de Mécénat Musical Société Générale. J’ai créé à ce moment-là l’ensemble Les Musiciens de Saint-Julien. Car Saint Julien était le patron de la confrérie des ménétriers du Moyen Âge au dix-huitième siècle. Il me semblait bien représenter à la fois ce projet et l’esprit dans lequel je souhaite le mener.

 

Sur le plan des instruments, tu étais plutôt flûtiste au départ ?

La pratique de la flûte à bec se décline en plusieurs familles et modèles selon les styles (baroque, Renaissance, médiéval…). Elle a cet avantage de développer la capacité de s’adapter à différents doigtés et écarts de doigts, diverses façons de souffler. Cela développe une souplesse qui facilite l’accès à d’autres instruments à vent. Quand je me suis rendu compte que les musiciens de l’Ancien Régime étaient en général polyvalents, j’ai voulu les imiter : Jacques Hotteterre était flûtiste (traversière et à bec) à la Cour et aussi joueur de musette. La pratique de la musette permet une ouverture vers le répertoire bien spécifique de la musique pastorale. Le jeu pour la danse faisait aussi partie intégrante des compétences de ces musiciens. Il n’était pas dévolu uniquement aux musiciens “populaires” comme c’est le cas aujourd’hui. Par exemple, ma technique de flûtiste m’a vite permis de jouer une bourrée ou un reel. Mais j’ai constaté que, malgré ça, il m’a fallu de longues années pour commencer à en intégrer réellement le feeling.

 

Et les cornemuses ?...

 

 

La suite dans TRAD Magazine n°133