Edito

Quand je serai grand, je jouerai du trad’ !

 

À chaque rentrée de septembre, l’un des “marronniers” dans les médias est, comme à chaque changement d’année, quelles bonnes résolutions allons-nous prendre : ne plus fumer ? Faire du sport ? Ou… apprendre à jouer d’un instrument ? Considérons donc cette dernière volonté : premièrement, il faut choisir et acheter l’objet qui va permettre la mise en œuvre du désir. En matière de musique trad’ — sujet de ce magazine — il existe aujourd’hui pour tous les instruments de formidables luthiers et facteurs. On peut croiser cette belle profession et ses réalisations aux “Rencontres internationales de luthiers et maîtres sonneurs” — où il serait certainement temps (le temps, c’est de l’argent) de créer plus de stands et de s’ouvrir entre autres aux musiques d’ailleurs, ainsi qu’à des instruments souvent à l’origine des nôtres. Comme je le dis souvent : « Rien n’est beau sans la diversité. » En plus, cela ouvrirait nos oreilles qui, à l’écoute des ondes nationales, pourraient avoir tendance à se fermer.

Une fois l’instrument acheté, une autre difficulté commence : trouver un prof. Alors : cours particuliers, associatifs, stages ou conservatoires agréés… Et là, je pouffe. Car peu de conservatoires se sont ouverts au trad’ et aux musiques du monde. Et lorsqu’ils l’ont fait, ils ont parfois une fâcheuse tendance à casser la dynamique de ce qui fit le développement des musiques que l’on aime : la pratique orale de la transmission. « Soyons sérieux, pense toujours la vénérable institution des conservatoires et Pierre Boulez, pas de solfège, pas de musique. » Pourquoi pas ? Mais il faut des professeurs riches d’un diplôme d’État ou un certificat d’aptitude. Et là, les propositions de passage de ce sésame sont loin des réalités de la pratique des instruments. Elles sont décidées un peu au petit bonheur, suivant les envies de certains décideurs issus d'un ministère et d’une “Direction de la musique” qui semble aujourd’hui franchement sans le souffle… Et Dieu sait qu’il en faut pour jouer de la bombarde (par exemple). La vision semble franchement erronée, distante de celle, réelle, du terrain.

Et puis, perversion du système, être prof en conservatoire permet à certains de se sentir enfin de véritables musiciens. J’ai parfois l’impression qu’une petite caste de privilégiés est en train de se constituer… Tout ce que l’on détestait et contre laquelle nous nous rebellions, il n’y a pas encore si longtemps. Pour ma part, je serai toujours un opposant à la rigidité des conservatoires. Quelques-uns — et cela tient à la personnalité de leurs directeurs respectifs — sortent du lot mais ne sont pas pris, loin de là, en exemple… Dommage.

Alors, en cette nouvelle année scolaire, dès les prochains numéros de Trad Magazine, j’aimerais bien un peu plus parler instrument, répertoire, enseignement et pratique. Une quatrième génération de musiciens trad’ est en train de voir le jour — si l’on considère que la première est celle du début des années 1970 —. J’en ai croisé quelques-uns (de la quatrième) durant cet été. Et l’approche des moins de 20 ans me fascine. J’adore leur liberté dans leurs choix musicaux. Cet été, j’ai rajeuni de trente ans. Et c’était bon.

Bonne rentrée à tous.

P.S. : Je recherche de jeunes rédacteurs pour compléter l’équipe de vieux briscards. Alors, si vous avez envie d’écrire un peu voire beaucoup dans Trad Magazine, de parler (entre autres) des envies des goûts de la nouvelle vague, contactez-moi.

Philippe Krümm
pkrumm@wanadoo.fr
philippe.krumm@gmail.com
www.accordeoniste.com